Hugues Dufourt, compositeur et philosophe français, est né en 1943 à Lyon.
Outre de nombreuses commandes émanant de grands orchestres français et italiens, et des ensembles de musique contemporaine les plus prestigieux, Dufourt a reçu le Grand Prix de la Musique de chambre (SACEM) en 1975, le Grand Prix de l'Académie Charles Cros 1980, le Prix de la fondation Koussevitzky en 1985, le Prix du Jury du Festival Musique en cinéma en 1987, le Prix des Compositeurs de la SACEM en 1994 et le Prix du Président de la République pour l'ensemble de son œuvre, décerné par l'Académie Charles Cros en 2000.
L'œuvre a fait l'objet d'une commande du Printemps des Arts de Monte-Carlo. Elle s'inscrit dans le " portrait Chopin " consacré au compositeur en avril 2008. Elle a été créée le mardi 13 avril 2008 dans le cycle la " nuit du piano " au cours de laquelle Caroline Sageman, Alexandre Tharaud et Nima Sarkechik ont donné chacun un récital Chopin. L'Hommage à Chopin a été créé par le pianiste Nima Sarkechik.
Le titre est tiré d'un poème de Tal Coat qui fut non seulement un grand peintre mais également un poète. Le poème dit :
" la ligne gravissant la chute,
ensevelie dans son ombre
dans le surgissement de l'arête,
s'éclaire d'un bond. "
Tal Coat, Vers ce qui fut / est / ma raison profonde / de vivre,
éd. Françoise Simesek et Claude Ritschard, Lausanne, 1985, p. 14.
Hugues Dufourt dit : « Le poème fait état d'une tension, en un trait unique, de deux mouvements contraires. Il me paraît caractériser la démarche de Chopin qui fait coexister sans rupture surrection et pesanteur, ascension et chute, angoisse et essor.
Cet Hommage à Chopin, pour répondre à une commande, n'est pas pour autant une œuvre de circonstance. Alfred Brendel déclare qu'il existe deux traditions pianistiques dans la musique occidentale, celle de Chopin et celle des autres. Brendel considère que Chopin constitue un monde pianistique à part, irréductible à la tradition et requérant de la part de l'interprète une vocation particulière ainsi qu'un sens aigu de l'abnégation. L'univers pianistique de Chopin est radical, dans son harmonie, son articulation, ses mélismes, son phrasé. Cette radicalité s'entend à la fois comme violence expressive - Chopin est un extrémiste - et comme une interrogation perpétuelle sur les fondements du piano. La virtuosité n'est jamais démonstrative : on y rencontre toujours des problèmes harmoniques intimement liés aux dispositions de la main, dans un équilibre constamment compromis et sitôt restauré.
Les œuvres privilégiées sont celles où la " griffe " pianistique est la plus évidente : le premier Scherzo, la première Étude de l'opus 10, l'avant-dernière Étude de l'opus 25, le final de la Sonate en si mineur, le final de la Sonate en si bémol mineur, la Quatrième ballade, les Préludes "nerveux".»
Frédéric Chopin (1810-1849)
12 études opus 10
Ballades
N° 1 en sol mineur, op. 23
(publiée en 1836, dédiée au baron Nathaniel Stockhausen, ambassadeur du royaume de Hanovre et harpiste)
N° 2 en fa majeur, op. 38
(publiée en 1840, dédiée à Schumann, en réponse à la dédicace par celui-ci des Kreisleriana.)
N° 3 en la bémol majeur, op. 47
(publiée en 1841, dédiée à Pauline de Noailles, élève de Chopin.)
N° 4 en fa mineur, op. 52
(publiée en 1843, dédiée à la baronne Charlotte de Rothschild.)
Les 4 Ballades répondent à un modèle littéraire : les Ballades du poète polonais Mickiewicz, celles de Goethe ou de Bürger sont des poèmes de forme libre. À leur tour, les Ballades pianistiques de Chopin (il est le premier à employer ce titre pour des pièces de musique instrumentale, avant Liszt ou Brahms) vont adopter une forme libre, à laquelle l'imagination dicte ses contours.